01 avril 2009
Minute culture...
Ouaouh j'ai appris un truc aujourd'hui ! Ça arrive tous les jours, mais là, je trouve cette révélation particulièrement fondamentale dans ma position... Je me coucherai moins ignare ce soir.
Pédagogue veut dire "qui accompagne l'enfant vers les savoirs". Et non pas "qui enseigne". C'est une information capitale dans le sens où l'enseignant n'est pas une boîte à savoirs qui se vide devant l'élève, frontalement, fatalement. Au contraire, il le guide vers cette boîte, en lui déblayant progressivement le chemin, et lui laisse faire les trouvailles seul.
Dans l'Antiquité, le pédagogue était l'esclave qui accompagnait l'enfant à l'école, lui portait ses affaires mais il lui faisait aussi réciter ses leçons sur le chemin et faire ses devoirs.
Évidemment, tout le monde sait ça, je suis même certaine de l'avoir déjà appris en cours de latin au collège, il y a longtemps, mais je suis tout bonnement ravie par cette (re)découverte qui me parle et m'interpelle à présent. Décidément, les discussions avec les "anciens" me stimulent toujours !
04 décembre 2008
Les devoirs
La directive de 1956 interdit les devoirs écrits.
Concrètement , les enfants (en ce qui concerne mes petits de l'APS) se voient réaliser des exercices du type : compléter des phrases à trous; relier des mots -sujet/verbe ; classer des nombres, écrire les nombres en lettres ... ou bien ; apprendre la leçon, une poésie, des mots de vocabulaire (pas plus de 10)... Ces tâches sont tout à fait à leur portée et réalisables en 15 minutes s'ils se concentrent un temps soit peu. Mais ce n'est pas toujours le cas. Néanmoins, je réalise souvent que ce sont les devoirs écrits qui prennent le moins de temps et d'énergie. En effet, apprendre une poésie peut s'avérer plus laborieux que de s'entraîner à écrire correctement 10 mots.
Petit tour des "pour" et des "contre" les devoirs. (Si vous avez d'autres avis enrichissants sur la question, n'hésitez pas, moult lecteurs, à laisser un commentaire !)
Pour le primaire :
Les "pour" :
A quoi servent les devoirs ?
> à acquérir une certaine autonomie : prendre son cahier de textes pour savoir ce qu'il y a à faire, lire des consignes courtes et simples seuls, y répondre le mieux possible sans le coup de pouce de la maîtresse (mais les parents sont là...) A être prêt pour le collège.
> à s'organiser : savoir où écrire les devoirs (fonctionnement d'un cahier de textes), penser à prendre les bons cahiers dans son cartable, utiliser les bons cahiers pour faire les devoirs...
> à réinvestir des connaissances déjà travaillées en classe et a priori en cours d'acquisition ou acquises.
Est-ce que la maître s'en sert ensuite ? A part l'explication préalable puis la correction, voire la validation par une récitation non évaluative, (je trouverais injuste de baser une évaluation sur des devoirs réalisés -ou pas, à la maison) la marge de manœuvre n'est pas bien vaste.
Les "contre" :
Les enfants ne sont pas tous accompagnés de manière égale à la maison. Certains parents ne sont pas disponibles, d'autres n'ont pas les capacités (ils parlent une autre langue par exemple). Les enfants subissent donc des inégalités devant le travail scolaire à fournir à la maison. De plus, les devoirs peuvent créer des tensions entre les parents et leur enfant quand ce dernier a le malheur de ne rien comprendre. Cela peut pousser l'enfant à éviter le travail scolaire pour ne pas se trouver face à l'échec ou à la déception des parents.
Les enfants ont déjà assez "donné" toute la journée, ils ont le droit de se détendre, de jouer, de rire... Après s'être concentré pendant 6h (voire plus, maintenant ! > certains n'ont parfois qu'1/2h de pause à midi car ils ont 1h de soutien...), ils doivent encore ressortir leurs neurones lessivés pour des exercices déjà abordés en classe.
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Cependant, une amie qui était remplaçante en CE2 l'année dernière a voulu respecter la loi et ne pas donner de devoirs écrits à faire à la maison. Les parents l'ont rapidement prise pour une laxiste, une petite nouvelle sans exigence... et elle s'est alors soumise à leurs pressions pour être prise au sérieux (aurait-elle dû leur tenir tête ? Possible...). L'idée que les devoirs écrits sont un gage de réussite pour l'enfant est bien ancrée dans la tête des parents, et ce sont finalement les premiers à en réclamer.
Du côté des enfants : observons leur attitude face au cahier de texte (pour certains, c'est déjà toute une histoire pour trouver où ils les ont écrits ^^).
> Les "bons" (les studieux, les grosses têtes) s'y mettent sans rechigner : le plus vite et le mieux c'est fait, le plus vite je peux faire autre chose.
> Pour les autres (en gros, les 3/4) : c'est une autre affaire : ils traînent, râlent, se cherchent des excuses, rabâchent des "je les ferai après", "on n'a pas de devoirs", "j'ai déjà tout fait en classe" ou bien se créent des obstacles avant de s'y mettre (il faut tailler le crayon, suuuuuper bien former les lettres, se recoiffer, ranger son cartable...). On comprend donc vite que leur comportement peut être une source de conflit avec des parents fatigués qui rentrent du boulot...
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Et moi, qu'en pense-je ??? Mon coeur balance entre le pour et le contre. Je crois que je me situe entre les deux, étant donné que je comprends autant les premiers que les seconds ! Maigre conclusion, mais chaque soir, j'oscille entre l'un et l'autre quand je suis à l'aide aux devoirs...
04 novembre 2008
Réseau d'aide au RASED !
Comme vous l'avez probablement déjà entendu, le Réseau d'Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté va progressivement être supprimé, privant des milliers d'enfants en difficulté d'une aide de qualité. Le gouvernement veut ainsi récupérer 3000 postes d'enseignants (les personnes du RASED sont des professeurs des écoles qui se sont spécialisés) en ramenant 3000 postes de RASED devant les classes à la rentrée prochaine. Il peut ainsi supprimer 3000 postes au concours de professeur des écoles... et faire en sorte que les ceux-ci gèrent seuls les élèves en difficulté dans leur classe en jouant à la fois les rôles de spécialiste de la pédagogie, de spécialiste de la rééducation ou de psychologue que jouent encore actuellement les membres du RASED. Ces suppressions de postes vont amener des économies, certes ; mais sont-elles un bon investissement quand on sait que la soit-disant priorité du gouvernement est la réussite de tous les élèves ?
Une pétition est en ligne pour sauver les RASED.
[01/12/08 : 200 000 signatures recueillies ! Si ce n'est pas un cri du coeur pour sauver les RASED, je ne sais pas ce que c'est ! M. le ministre doit l'entendre !]
Vous ne pensez pas que ces deux heures de soutien hebdomadaires sont une bonne idée?
Je ne dis pas ça. Plus on a de temps pour s'occuper des enfants, mieux c'est. Mais la méthode proposée ne peut en aucun cas être efficace. C'est tout de même un manque total de connaissance de la vie scolaire que de proposer deux heures de soutien, à caser dans la journée, soit le matin, soit le soir, soit pendant la pause déjeuner, et de supprimer les Réseaux d'aides dans lesquels on a des personnes formées pour ça, dont c'est le métier.
Que pensez-vous de l'annonce de Philippe Court -directeur de cabinet du ministre de l'Education nationale- de la réaffectation et la sédentarisation de 3000 postes de maîtres spécialisés pour remplacer les départs en retraites de certains enseignants?
C'est une chose terrible. Le ministère n'a pas encore compris que ce n'est pas une question de chiffres mais une question de méthode. Il ne réfléchit qu'en terme de profits économiques, c'est une démarche comptable: où puis-je supprimer des postes et faire encore plus d'économies?
Ce qu'on va faire à ces personnes, c'est horrible. Voilà des gens dont la vie est dédiée à l'aide des enfants en difficulté. Ce sont d'anciens instituteurs, des psychologues, qui sont sortis de leur classe pour leur formation, qui ont acquis un certain nombre de compétences, qui se sont investis personnellement pendant des années. Si on les oblige à réintégrer ces classes, humainement, ce sera une rupture. Ils vont le vivre très mal.
Bien sûr, théoriquement, le maître spécialisé est un ancien instituteur, mieux formé, ayant un autre regard, donc il peut remplacer un enseignant qui part à la retraite. Mais c'est dénigrer tout le travail qu'il a accompli.
Pourquoi les Rased sont-ils visés en premier par ces réductions de poste?
La tentation était trop forte, parce que ce sont des postes cachés: le public ne connaît pas bien le rôle de ces enseignants qui s'occupent d'enfants en petits groupes. Lorsqu'on supprime des emplois dans une entreprise, lorsqu'on veut gratter quelques économies, on supprime en périphérie, on ne supprime pas les postes visibles. Si on supprime un poste d'instituteur, cela se voit, une classe ferme.
Or, ce que n'a pas compris le ministère, c'est que les Rased sont le support de l'Education nationale. Leur travail s'évalue à long terme. Dans quelques mois, on va se rendre compte que ce qu'a fait Xavier Darcos est catastrophique, en plus d'être méprisant pour la profession.
A titre d'illustration, les parents d'élèves ont reçu cette année un livret d'information du ministère de l'Education nationale intitulé "guide pratique des parents, donnons des couleurs à la réussite". A la rubrique "Comment votre enfant sera-t-il aidé?", les Rased ne sont même pas mentionnés. Xavier Darcos ne pouvait pas faire plus symbolique. Les maîtres spécialisés ont donc décidé d'envoyer une lettre, eux aussi, aux parents d'élèves, pour dire qu'ils existent, même si le ministre de l'Education nationale n'a pas cru bon de parler d'eux.
[Edit 05.12.08 : L'action des RASED est bien expliquée dans cette note de VousNousIls.]
Ci-joint, un petit bilan d'une rencontre chanceuse lors d'un stage d'observation : RASED_rencontre_maitres_E_et_G


