Ainsi danse l'incidence

Ainsi danse l'incidence. CRPE. Recrutée sur Liste complémentaire. Professeure des écoles en Bretagne.

27 novembre 2008

Atmosphère, atmosphère !

   Ce fut laborieux et plus long que je ne l'imaginais, mais j'y suis parvenue, à les tenir, mes loustics de l'aide aux devoirs. Je disais déjà dans un précédent message que la mise en place des fiches individuelles avait amélioré leurs comportements, mais je pensais que ce serait passager, qu'au bout d'un temps, ils se lasseraient du moment quotidien des fiches. Mais non, ils en redemandent même de ce cadre ! C'est ancré dans le déroulement de l'APS. Je dirais même que c'est moi qui commence à traîner des pieds pour les sortir !
   Il m'aura donc fallu 3 mois (2h/jour d'école) pour créer avec eux une relation de confiance, de respect et de discipline (même si celle-ci n'est pas toujours parfaitement respectée...mais c'est normal, ils ont besoin de s'affirmer aussi. Au moins j'ai une prise sur eux maintenant, ils m'écoutent).
   J'arrive même à plaisanter avec eux sans que ça parte en vrille. Des petites pointes pince-sans-rire, de la dérision, de l'ironie. Je fais jouer mon côté pile (la Sévère, la Tyran) puis mon côté face (la Marrante, la Sympa) et cet équilibre me plaît, je suis contente et surprise de l'avoir trouvé. Je ne pensais pas pouvoir être aussi sévère en fait. C'est fou ce que ça me donne encore plus envie d'avoir ma propre classe ! (Patience...patience...)
   Cette longue période de lutte pour les maîtriser aura valu le coup, je me sens à présent récompensée par leur attitude durant l'APS.

   Et là, je me demande si c'est le fait d'être "appréciée" qui me satisfait. Au tout début, j'étais déboussolée parce que je ne donnais que de l'autorité à tue-tête et je me voyais comme la-méchante-animatrice-qui-crie-tout-le-temps. Les enfants me répétaient d'ailleurs souvent que c'était mieux avec l'animateur d'à côté. Un peu frustrant. Maintenant, je réalise que l'affection ne peut faire partie du moteur de l'enseignement. Même si je le savais avant, le fait d'être en situation met en exergue cette théorie. Ce qui me plaît en fait avant toute chose, c'est qu'il règne une atmosphère de travail respectée par mes sept loulous pendant le temps des devoirs (après les devoirs, cette atmosphère perdure mais "se lâche" un peu ^^).

   On peut appliquer cette "théorie" à la classe en disant que le cocktail de choc qui permet l'enseignement doit être composé d'un respect mutuel (adulte-élève ; élève-élève), et je pense que l'enseignant doit prendre le temps qu'il faut pour le mettre en place, quitte à avoir la sensation d'en perdre au début. On se rend vite compte que ce temps a été productif par la suite, qu'il est totalement nécessaire pour mettre en place les apprentissages.

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30 octobre 2008

Fiches magiques

   Comme je suis assez contente du résultat obtenu (pour le moment...), je tenais à faire part d'une technique que j'ai utilisée pour cadrer mon petit groupe de monstres en puissance ^^
   Il s'agit de placer les enfants en évaluateurs de leur propre comportement.

   Pour cela, il faut une fiche individuelle par enfant, qui comporte quelques cases pour l'organisation (ex : "j'ai écrit lisiblement mes devoirs sur mon cahier" ; "j'ai soigné mon travail" ; "j'ai utilisé les cahiers adaptés au travail...), quelques cases pour le comportement (ex : "m'installer dans le calme au travail" ; "travailler avec un autre enfant dans le calme"...) et quelques cases vides pour ajouter des "défis individuels" du style "je ne dis pas de gros mots"...
   En face de ces belles phrases et dans la case du jour, on met un point vert quand tout va bien, orange quand c'est mitigé, rouge quand c'est catastrophique !
   Cette jolie fiche est montrée aux parents à chaque fin de trimestre, d'où l'envie d'avoir quand même une bonne dose de vert lors du bilan...

   Cet exercice peut paraître un peu rébarbatif mais son effet s'est fait sentir dès le moment où il a été mis en place. Politesse, respect, soin, volonté... L'autorité peut s'incarner dans peu de choses.

   Bon, ça prend quand même pas mal de temps à la fin de chaque session d'APS mais il est très intéressant de voir qu'ils s'auto-évaluent avec conviction et sans prétention. Ils savent quand ils méritent du rouge ou du vert et je n'hésite pas à les encourager quand ils en ont besoin. C'est le moment bilan, pendant lequel on peut avoir une discussion sur ce qui s'est passé que ce soit en bien ou en mal.
   Je pense que j'essaierai au moment venu de me séparer de ces fiches, pour voir si les habitudes ont été prises.

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15 octobre 2008

Shocking !

Reparlons d'innocence...

Hier soir, à l'aide aux devoirs, avec 5 de mes petits sur 6.
Leçon à apprendre : Les types de phrases.
Travail en groupe, je pose des questions, ils répondent chacun leur tour.
Question : "Citez-moi chacun une phrase interrogative."
Parmi les réponses tout à fait correctes  :

"Est-ce que tu peux me sucer ?" (d'une petite voix, sourire en coin, regard par en dessous, joues virant au feu)

Arrêt net...PARDON ???

  Je rappelle qu'ils sont en CE2 (8 ans). J'ai expédié le petit mec rouge pivoine d'avoir dit une énormité dans un coin finir ses devoirs. Par bonheur, les autres ne l'avaient pas entendu, mais ils ont bien compris que sa phrase interrogative était inappropriée au possible et qu'elle méritait quelques questions... 45 min plus tard, l'heure venue d'aller en récréation, je suis allée le voir pour discuter de ce qu'il avait dit.

  J'avoue que je ne savais pas trop comment réagir face à cette situation, que je n'avais encore jamais rencontrée, de près ou de loin. Faut-il redire la phrase ? Lui faire redire ? Lui faire expliquer ?

  Au final, la discussion a tourné au monologue, ponctuée de hochements de tête honteux. Il a eu l'air de comprendre qu'il avait été très loin et que cela ne se dit ni à un adulte ni à un enfant. Il n'a pas bronché, même face à certaines de mes questions de genre "où est-ce que tu as entendu ça ?". Par contre, "oui oui" de la tête pour "Et tu sais ce que ça veut dire au moins ?". Donc de nos jours, à 8 ans, on sait ce que "sucer quelqu'un" veut dire. Réjouissant !

  Je lui ai dit que pour l'instant, je ne rapporterai pas ça à ses parents, même si c'est très grave (la situation est déjà délicate à la maison). Par contre, je l'ai averti que j'allais en parler aux autres animateurs pour qu'ils gardent un œil sur lui.

  Je l'ai donc laissé filer et j'en ai parlé à une animatrice qui le "connaît" depuis la Grande Section. Après réflexion, on a décidé d'en reparler avec lui. Elle a employé des phrases plus efficaces je pense, et il a chuchoté quelques réponses à nos questions. Il a entendu cette expression dans la rue, un garçon disait ça à une fille. "Oui", il sait ce que ça veut dire. "Pourquoi tu dis ça à ton animatrice ? C'est pas ta copine ! Tu sais que ça fait partie de l'intime ? Que c'est un mot qui touche à la sexualité et que ça ne se dit pas ni à un adulte, ni à un enfant ?" J'ai trouvé bien qu'elle nomme les choses, pour qu'il puisse situer ce qu'il avait dit dans le registre du vulgaire.

  Bref, APS fort en émotions. Espérons qu'il aura compris la leçon.

Gary_Ruddell___black_crowsGary Ruddell, Black Crows   

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25 septembre 2008

L'innocence

   Mes petits de l'APS (Accompagnement Post-Scolaire) semblent ne plus la connaître et ce manque de candeur m'attriste.
"Eh, lui il va te violer pour faire l'amour", dit-il avec dédain et le sourire en coin
"Sale cochon", dit-elle avec un large sourire édenté, "j'ai pas dit de gros mot !", ajoute-t-elle
"Tout le monde le déteste, nous aussi on le déteste, sale con", disent-ils le regard blasé
"Pute ! Nique ta mère !", dit-elle à sa voisine de table qui lui fait des doigts d'honneur

Ils ont 8 ans. Et plein de grands frères. D'où la façon de marcher de l'un d'entre eux particulièrement : roulement de mécanique, torse bombé, bras qui brassent l'air, regard pénétrant de détermination, vocabulaire qui va avec... Ils mesurent 1m40 tout au plus. Il y a un franc décalage entre ce qu'ils sont (des enfants) et ce qu'ils veulent être (des caïds).

   Mardi soir, ils n'avaient pas de devoir à faire. J'ai donc sorti mon classeur d'activités (que je garnis depuis une semaine de sudokus, mots croisés, coloriages magiques, enquêtes de l'inspecteur Lafouine - excellentes !!...) pour ceux qui préfèraient rester au calme, et un jeu de cartes (Concerto Grosso) pour ceux qui voulaient plutôt une activité en groupe. Les garçons voient mes cartes et les dédaignent : "ha ! c'est pour les bébés !". Deux filles s'approchent toutefois par curiosité et se laissent tenter par une partie. Un des garçons lorgne vers notre tablée qui s'amuse et rit aux éclats. Il vient finalement nous rejoindre et laisse derrière lui son masque de gros dur...
   C'est bon de trouver en eux l'enfance, la gentillesse, le dialogue, la douceur presque ! Je commençais à me demander où ils la cachaient cette innocence ! A jouer aux plus forts, ils se créent un univers où tout est difficile et ils oublient d'agir sans arrière-pensée...

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18 septembre 2008

Premiers jours éprouvants...

08-09-08 > 12-09-08

L'autorité...

  Je crois bien que je pensais en avoir jusqu'au jour où j'ai été appelée pour faire de l'aide aux devoirs dans la ZEP de ma ville.
  Jusqu'alors, je n'avais eu à faire qu'à des enfants de campings**** ou d'une école américaine d'immersion du français ou de ma famille ou d'amis...bref de très respectables petits privilégiés avec de belles histoires, de belles familles et tout le toutim. Face à eux, l'autorité se résume à lever légèrement la voix, faire un regard tout noir qui fusille, voire dans les cas extrêmes séparer les trouble-fête et pouf, le calme, la tranquillité, la sérénité reprennent leur place. Ah, ça oui, je sais le faire le regard-qui-tue, mais si l'autorité ne se résumait qu'à cela, ça se saurait !

  Pour n'importe quel gamin, faire ses devoirs après une journée passée le cul vissé sur une chaise, ce n'est pas une mince affaire. Il doit ressortir ses derniers neurones concentrés pour accomplir sa mission vite et bien pour pouvoir enfin aller jouer et dépenser toute sa vitalité opprimée. Concentration pour apprendre la poésie, faire l'exercice de conjugaison, écrire des nombres abracadabrants en toutes lettres ! Argh ! Il faut qu'il prenne sur lui, quoi !
  En plus de cela, s'il est inscrit en aide aux devoirs après l'école, il doit réussir à se concentrer à côté de ses camarades qui ont autant de motivation que lui. 

  Alors forcément, si l'animatrice qui est sensée tenir le groupe (de 9 enfants) ne met pas de limites, c'est la dérive garantie, la débandade...
  Regards noirs et voix toujours plus forte n'y font rien, si ce n'est fatiguer tout le monde et faire monter la mayonnaise (les enfants me répondent, me tiennent tête, crient, montent sur les tables, s'insultent, se tapent, balancent leurs cahiers, courent dans la pièce), bref, groupe au bord de l'explosion, et moi au bord de la crise de nerfs, complètement dépassée par l'ampleur du bordel. Je n'ai pas la bonne recette !
  Il faut rappeler que lorsqu'on ne connaît pas un groupe d'enfants et que c'est réciproque, chacun se teste un peu (voire beaucoup). Sauf que l'adulte le fait discrètement...

  Ça, c'était donc la semaine dernière, quand le pourcentage de naïveté et de laxisme dépassait allègrement celui de sévérité et de détermination dans mon petit cerveau pas frais.

devoirs

Posté par Bobine à 12:37 - Aide aux devoirs - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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