Le concept des vacances...comment dire... ? J'adhère ! Elles font un bien sans nom !
    Surtout que je ne sais absolument pas où je serai à la rentrée, donc je peux très bien ne pas travailler en n'ayant aucun scrupule, aucune pression, aucun cas de conscience. C'est tout de même le grand luxe. Sans cette bonne étoile qui m'a gâtée en décembre, je serais en plein stress pré-concours avec le pack cernes-valises, panique-à-bord, forcenée-du-travail-attitude. Courage à ceux qui sont en plein dedans, je leur envoie toutes mes bonnes ondes.

    Je me rends compte que je n'ai presque pas évoqué mon remplacement de cinq semaines et demie en CM2. Il faut dire qu'il a été extrêmement éprouvant et que je n'avais pas forcément envie de revenir sur mes luttes continuelles et acharnées quand le calme revenait autour de moi. Avec un peu de recul, je peux maintenant dire que j'espère ne pas être renvoyée dans cette classe, même si je me suis attachée à chacun des élèves individuellement, ainsi qu'au rythme et à la façon de travailler à ce niveau. Le titulaire m'a dit lui-même qu'en plus de 30 ans de carrière, il en a vu des classes avec des cas, avec lesquels il y avait toujours une petite amélioration à un moment ou à un autre... mais une classe comme celle-ci, il n'en avait jamais eue. Fiou ! Comme j'étais rassurée, le deuxième jour quand il m'a dit ça au téléphone !!! Déjà, les élèves au comportement difficile sont nombreux (je dirai 6 sur 22) mais de plus, ils ne se laissent pas apprivoiser. Défiance, méfiance, provocation, insolence, bavardages excessifs, mesquineries, méchanceté, fourberies... Difficile de retenir des qualités d'un lot de "petits" monstres pareils ! Enseigner rime donc avec lutte permanente pour créer avant tout une ambiance de travail.

Quelques remarques :

  •     Une classe qui ne s'aime pas, c'est dur pour le travail oral. Ils ont la manie d'interrompre leurs <<<<camarades>>>> à chaque fois que l'un d'entre eux parle, pour s'offusquer qu'il a tort, alors que deux minutes plus tard, ils sortent une ânerie plus grosse qu'eux, alors ils se font à nouveau interrompre, et comme leurs réactions automatiques sont presque maladives, c'est très dur de les faire taire et respecter la parole des autres. Ce serait presque comique à observer, mais pour les mener vers les apprentissages, il faut être en forme !Peinture_5

Pour tenter de remédier à cela, (ou du moins de prouver que chacun, même en disant des erreurs ou des choses auxquelles on n'adhère pas, peut enrichir le groupe), chacun a dû imaginer une histoire en y insérant un titre des tableaux du Collectionneur d'instants de Quint Buchholz. L'objectif affiché était d'assembler les histoires tapées sur Open office et leurs illustrations pour en faire un livre, consultable et empruntable à la BCD. Ce but a motivé toute la classe, à mon grand étonnement. Chacun d'entre eux (à part un, qui a totalement boycotté l'affaire) a accepté les remarques -bonnes ou mauvaises, faites sur leurs histoires par leurs camarades ou moi-même, et ils ont persévéré pour en faire des histoires de qualité. Le jour où nous sommes descendus à la BCD, pour lire ces histoires, ils se sont tous écoutés attentivement et ont apparemment tous apprécié le travail fourni par chacun. Dommage que ces moments furtifs d'entente et de respect ne se soient pas répandus à tout l'emploi du temps...

  •     Pour la première fois (première fois dans la carrière de la directrice également > 20 ans), j'ai pu observer et réagir face à un gamin qui pétait un câble. C'est pas triste ! Mon cœur a failli sortir de sa cage une bonne centaine de fois entre la crise et la fin du rendez-vous express avec ses parents. Que de violence dans les actes ! Dans les paroles ! Dans le regard ! Que se passe-t-il dans sa tête à ce moment-là ? Qu'est-ce qui le conduit à ce comportement incontrôlé et incontrôlable ? Comment gérer l'après-crise le lendemain, avec l'élève en question et avec la classe ? Je n'entre pas dans les détails sinon j'en ai pour quelques dizaines de lignes et je ne suis pas sûre que ce soit utile... mais c'est une expérience que je ne souhaite à personne.
  •     Je ne sais pas si c'est une caractéristique des pré-ados, mais ils sont dans une demande permanente de justification face au travail qui leur est demandé. "A quoi ça sert ? Ca vous sert à vous ? Pourquoi je ferais ça ? C'est n'importe quoi !" Aaargh ! Je veux bien expliquer de temps en temps le sens des apprentissages, mais à chaque leçon, cela devient un rituel similaire à celui de couper (ou fendre, devrais-je dire) un cheveu en quatre ! Pourquoi ne faites-vous pas confiance à l'enseignant ?  Qu'est-ce que ça doit être une fois ado ?! Je plains les pauvres profs de collège...

    En tout cas, je suis curieuse de visiter d'autres CM2 sur une période plus ou moins longue, histoire de comparer et de me dire qu'enseigner en cycle 3 n'est pas toujours aussi difficile. Malgré ces écueils, je garde de bons souvenirs surtout au niveau pédagogique et une confirmation que ce métier me correspond pleinement.