Mes petits de l'APS (Accompagnement Post-Scolaire) semblent ne plus la connaître et ce manque de candeur m'attriste.
"Eh, lui il va te violer pour faire l'amour", dit-il avec dédain et le sourire en coin
"Sale cochon", dit-elle avec un large sourire édenté, "j'ai pas dit de gros mot !", ajoute-t-elle
"Tout le monde le déteste, nous aussi on le déteste, sale con", disent-ils le regard blasé
"Pute ! Nique ta mère !", dit-elle à sa voisine de table qui lui fait des doigts d'honneur

Ils ont 8 ans. Et plein de grands frères. D'où la façon de marcher de l'un d'entre eux particulièrement : roulement de mécanique, torse bombé, bras qui brassent l'air, regard pénétrant de détermination, vocabulaire qui va avec... Ils mesurent 1m40 tout au plus. Il y a un franc décalage entre ce qu'ils sont (des enfants) et ce qu'ils veulent être (des caïds).

   Mardi soir, ils n'avaient pas de devoir à faire. J'ai donc sorti mon classeur d'activités (que je garnis depuis une semaine de sudokus, mots croisés, coloriages magiques, enquêtes de l'inspecteur Lafouine - excellentes !!...) pour ceux qui préfèraient rester au calme, et un jeu de cartes (Concerto Grosso) pour ceux qui voulaient plutôt une activité en groupe. Les garçons voient mes cartes et les dédaignent : "ha ! c'est pour les bébés !". Deux filles s'approchent toutefois par curiosité et se laissent tenter par une partie. Un des garçons lorgne vers notre tablée qui s'amuse et rit aux éclats. Il vient finalement nous rejoindre et laisse derrière lui son masque de gros dur...
   C'est bon de trouver en eux l'enfance, la gentillesse, le dialogue, la douceur presque ! Je commençais à me demander où ils la cachaient cette innocence ! A jouer aux plus forts, ils se créent un univers où tout est difficile et ils oublient d'agir sans arrière-pensée...